01.06.2008
Notes obtenues en TD
Julien G : 13
Clémentine M :12,5
Charlotte C :13
Thomas C : 12
Amandine D : 10
Thibaut S : 9
Liévin : 6,5 (désolé)
Coline P :pas de note de Td enregistrée , mais 8 en intra-td, à moins que tu ne sois la propriétaire de cette feuille sans nom, tu as rendu quel td ? Merci de me l'indiquer très rapidement, la saisie c'est en ce moment et demain !!
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22.05.2008
Séparation Eglise et Etat
Le document proposé est une lithographie en couleurs, de date imprécise, entre 1904 et 1905, réalisée par un auteur inconnu, mais très certainement anticlérical et assurément français. Cette lithographie est actuellement conservée et exposée au Musée Jean-Jaurès de Castres. Cette localisation ne doit pas surprendre, Jean Jaurès a été un député de Castres et est un enfant de la ville. Mais il est aussi un anticlérical ardent et a soutenu la politique du gouvernement Combes, nettement anticléricale. Le contexte peut se déduire de cette association. Les élections de 1902 ont amené un bloc des gauches au pouvoir. Le radical Combes, président du Conseil, est résolu à renforcer la République, fragilisée par l’Affaire, par une politique anticléricale. Il refuse toutes les autorisations demandées par les congrégations religieuses, et fait fermer 3000 écoles congréganistes. En 1904, il refuse le droit d’enseigner, de commercer, de prêcher, à toutes les congrégations, aussi bien celles qui sont autorisées que celles qui ne le sont pas. Le climat entre l’Eglise catholique et l’Etat est tendu, exacerbé par l’intransigeance du pape Pie X. Cette tension est aussi perceptible en France entre les catholiques et les républicains. Deux camps se dressent l’un contre l’autre. Dans ce climat est préparé un projet de séparation de l’Eglise et l’Etat. En quoi ce document participe-t-il d’une culture politique à la fois laïque et anticléricale ?
I-EGLISE UN CORPS DEPRAVE ET DEBAUCHE
Plusieurs traits de ce document participent d’une culture anticléricale traditionnelle.
1/ Les ecclésiastiques, un corps dépravé et débauché
- au premier-plan, un moine allongé, une bouteille à la main, est en train de ronfler. Il présente tous les symptômes de l’ivrogne, le nez rouge, signe d’une consommation régulière et conséquente d’alcool, et pas que du vin de messe, bien évidemment. Il est donc ivre-mort, cuvant son vin. Dans sa main, on voit une croix avec un verre gravée dessus
- Le pape au centre du document, en guise d’encensoir, porte un tire-bouchon.
- L’auteur dénonce donc la propension des ecclésiastiques à être des soulographes. Le fait de représenter avec des attributs d’ivrogne deux types différents d’ecclésiastiques suggère que tous les gens d’Eglise boivent. Ceci constitue un élément classique de l’anticléricalisme. L’immoralité imputée aux clercs est ainsi double, individuelle et collective, le pape représentant en outre toute l’Eglise !
- Leur goût excessif pour l’alcool, conséquence de la pratique quotidienne de la messe (l’alcoolisme ecclésiastique est vue comme une maladie professionnelle, pourrait-on dire, si j’osais ! ) n’est pas le seul signe de débauche. Le moine est grassouillet, ce qui constitue un autre topos.
- Le goût de la bonne chère est souvent dénoncé, essentiellement chez les moines. Cela pourrait être vu comme un trait qui les humanise et qui les rapproche du commun, dans un pays où l’on aime beaucoup manger. Fallacieuse apparence des choses. Il faut plutôt le voir comme une critique de ces moines, qui ne travaillent pas et qui s’engraissent du travail des autres. Le moine est un paresseux. Or, dans une société industrielle et bourgeoise, qui a le culte du travail, dans une économie qui repose sur la croissance et donc sur l’activité, insister sur l’inactivité des uns met en évidence le divorce patent qui existe entre le monde moderne et le mode de vie traditionnel du clergé, qui ignore le souci du lendemain. Une telle différence est bien mal perçue par les ouvriers dont les conditions de travail sont encore épouvantables en 1904-1905 et par certains bourgeois.
- Richesse des ornements du pape, vieille critique, richesse de Eglise, qui naguère prélevait les dîmes et s’engraissait sur le dos des paysans, les dons, les aumônes, luxe insolent et indécent.
2/ Le clergé, une organisation d’ignares
- sur les vêtements du pape, on discerne un âne assis sur un trône. Echo d’une vieille tradition, cf le Roman de Renart, cf Au nom de la rose, Sean Connery découvre un manuscrit avec des dessins du pape représenté sous les traits d’un cochon, ou d’un porc, voire d’un goret…
- animalisation est un procédé classique pour accabler une personne ou une institution. Là encore, il s’agit d’un topos. Bestiaire, dans lequel on trouve très souvent le cochon « énorme monceau de lard ensoutané » qualificatif dans le Rappel des travailleurs, journal dijonnais, dans une édition du 13 juillet 1902, à propos d’un curé de Côte-d’Or), mais aussi le serpent, le corbeau… Tous ces animaux portent des images déplaisantes, l’âne étant un animal réputé pour sa bêtise, devenue proverbiale. Pape est aussi aveuglé par sa tiare qui lui bouche la vue, symbole premier de l’obscurantisme. Une cage est aussi dessinée sur ces vêtement, qui évoque évidemment, une prison…
- L’Eglise est obscurantiste, contre les Lumières (le pape tourne d’ailleurs le dos aux lumières… du document !), contre le progrès scientifique et autre. D’où sa bêtise. Propos classique de l’anticléricalisme. Echo de ce contentieux ancien entre Eglise et science, entre papauté et connaissance, qui a produit une longue liste de martyrs (sans jeu de mots, quoique…). Eglise ennemie naturelle des sciences, dont elles ont toujours entravé le développement, car elle repose sur des dogmes ! Marcelin Berthelot écrit ainsi que l’oppression de l’Eglise date de plus de 1500 ans ! L’exemple idéal-typique est évidemment Galilée. Car, si la science travaille à partir d’hypothèses, d’observations, d’expériences, elle n’admet rien qui ne soit fondé sur la raison et sur une démonstration. Elle ne tient jamais rien pour acquis, jamais rien pour définitif. Expérimenter, vérifier, prouver telle est sa trinité à elle, qui s’oppose à la trinité, 1+1+1=1 1x3=1… Un croyant est obligé d’admettre des vérités intangibles puisées dans des écritures saintes ou dans la parole supposée infaillible d’un pontife (concile de Vatican 1, en 1870, le pape est réputé avoir toujours raison). La foi ne requiert ni preuve, ni loi, ni théorème, elle est un « coup d’Etat dans la science » pour reprendre une formule de Paul Bert. Bref, l’ecclésiastique et par là toute l’Eglise se ferme aux progrès (préhistoire qui bouleverse la chronologie biblique, avec l’exhumation des squelettes des dinosaures, avec Gabriel de Mortillet /ex)
La lithographie s’articule donc autour de quelques traits caricaturaux, la fainéantise, l’amour de la bonne chère, l’alcoolisme, l’obscurantisme.
II -EGLISE : UN CORPS QUI MENACE ETAT
1/ Un corps étranger
- il faut nous intéresser là à la figure du pape, qui tient la république symbolisée par Marianne attachée par une corde.
- Cette corde possède un nœud épais en son milieu. Que symbolise cette corde ? Quels sont les liens qui unissent Eglise à Marianne ?
- Pape représente une institution étrangère, apatride, internationale, abstraite. Eglise dépasse, transcende la nation. Etant universelle, internationale, elle échappe doublement au contrôle de l’Etat, elle menace donc l’indépendance de la nation. Saint Siège a une politique dont les objectifs ne coïncident pas avec l’intérêt national et qui a souvent cherché à utilisé notre diplomatie et nos armées à ses fins propres. Ainsi, à plusieurs reprises au XIX, sur la question romaine, en 1849, 1860, 1870, 1873, la pression conjuguée du clergé, des évêques, des fidèles et de Rome a été cause que la France a sacrifié ses intérêts véritables aux vues intéressées du pape et trahi ses amitiés italiennes, failli compromettre l’unité de la péninsule, elle, l’amie des nationalités opprimées, elle qui a forgé le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En 1873, ultramontanisme a manqué précipiter la France dans une guerre avec la jeune Italie.
- En outre, plupart des ordres religieux dépendent de supérieurs étrangers (ex des jésuites qui prennent leurs ordres directement du pape), beaucoup d’ordres ont leur maison mère en dehors des frontières. Entre les provinces de ces ordres, entre Rome et la France, circulent des hommes, des mots d’ordre, des fonds qui échappent à tout contrôle. Ce lien est donc une entrave, qui empêtre Marianne, qui l’empêche d’être totalement libre !
2/ un corps qui sape les citoyens et les familles
- Mais le lien possède une autre menace, celle des fidèles, qui bien que citoyens français obéissent à une autre autorité que le gouvernement et l’Etat français. Il y a comme une cinquième colonne en France, au service de l’étranger. Ce lien est donc une dépendance ! Combes, d’ailleurs, fait révoquer des officiers et des magistrats soupçonnés d’être de trop fervents catholiques.
- Maintenant, les familles, car ce lien existe aussi à l’échelle familiale. La confession échappe à la parole publique, au débat contradictoire, pression du confessionnal, une sorte de téléguidage, « parti prêtre »
- Ce qui menace aussi la famille, prêtre s’interpose entre époux et épouse par la direction de conscience, pénètre par la confession dans les secrets des familles, y compris dans intimité conjugale, s’emparent de l’esprit des enfants, singulièrement des filles et les détachent de leurs parents.
- Méfiance envers le vote des femmes, réputées servir le parti-prêtre
C// Eglise est une menace pour la nation et l’Etat. Il faut donc trancher le lien entre la nation et l’Eglise et donc entre l’Etat et l’Eglise.
III - D'OU NECESSAIRE SEPARATION EGLISE ET DE ETAT
1/ Une coupure franche
- on voit Combes, en plein mouvement, une sorte de lutin plein de vigueur, avec une francisque s’apprêtant à trancher le nœud (allusion évidente au nœud gordien) reliant la pauvre Marianne empêtrée et la papauté honnie
- nœud gordien = souligne et culture classique de l’auteur et la résistance de ce nœud, que seul une coupure énergique pourra rompre !!
- francisque = symbole païen, gaulois, le peuple fondateur de la nation française et päien
- Combes. Ancien séminariste, anticlérical, président du Conseil, a fait rompre les relations diplomatiques avec la Papauté en 1904, déposé un projet de séparation Eglise et Etat
- Fin du régime concordataire adopté en 1901, budget des cultes doit être supprimé, Etat ne se mêle plus des affaires religieuses qui deviennent strictement privées. Plus aucun culte reconnu. Biens d’Eglise sont remis à des associations de fidèles, cultuelles qui devront en assurer la gestion.
- Attitude du pape, tourné, le dos à Marianne, mouvement centrifuge dans la lithographie. Pape refuse le projet, adversaire irréductible. Refuse même ces associations.
2/ qui est une vieille idée française
- personnage de Voltaire qui diffuse les lumières (toute une symbolique) sur Combes, homme qui a combattu l’intolérance religieuse, ex affaire Callas en 165, du Chevalier de la Barre.
- Jean-François de La Barre est né en 1745, adolescent chahuteur et anticlérical. août 1765, le crucifix de bois qui ornait le Pont-Neuf est tailladé. L'émotion qui soulève les braves gens d'Abbeville est canalisée par Mgr de la Motte, évêque d'Amiens, qui lance un monitoire ordonnant aux fidèles de révéler, au juge séculier, tout ce qu'ils pourraient savoir de l'affaire, sous peine d'excommunication. Tous les dimanches, les curés haranguent ainsi les paroissiens, la tension monte. Personne n'a rien vu, mais plusieurs se souviennent que de jeunes fêtards n'ont pas salué la procession religieuse lors de la Fête-Dieu dernière. Trois noms reviennent : dont celui de Jean-François de La Barre. il a un alibi. Qu'à cela ne tienne, lors qu'on découvre, après perquisition dans sa chambre de l'abbaye, trois livres interdits dont le Dictionnaire Philosophique de Voltaire, voilà le coupable idéal. Le 4 juin 1766, le Parlement de Paris statue sur le crime d'impiété pour les trois compères. Moisnel, âgé de quinze ans est condamné à une amende, d'Etallonde est en fuite, il ne reste plus que le chevalier de La Barre. Le 1er juillet 1766, après avoir subi à nouveau la question (torturé), le chevalier est décapité et son corps jeté aux flammes. Voltaire tentera de le réhabiliter, en vain, seulement par la Convention, en 1794.
- Vieux combat contre l’Eglise, qui a des parrains et des relais. Continuité avec le XVIII siècle ! Manière de montrer que la République poursuit et va terminer un combat ancien, et qu’elle s’inscrit dans l’histoire française bien au-delà de la Révolution
- Triangle. Combat des franc-maçons aussi, qui ont soutenu la Révolution, ce qui légitime le combat, séparer Eglise et Etat est une idée révolutionnaire. Or, République est héritière de la RF. Combat a des alliés anciens et contemporains (32000 membres, plus libres-penseurs, les radicaux…) // déchristianisation de la société (progression nombre enterrements civils, 14% Lyon en 1896, plus de 25% en 1905)
- Mesure énoncée par Gambetta aussi dans programme de Belleville en 1869
C// - crispation du pape qui dénonce un acte unilatéral
- confiscation des biens des fabriques, clergé devient occupant sans titre des églises, illégalement donc, mais culte bénéficie loi 1881 sur les réunions publiques, ce qui permet d’apaiser les tensions
- querelle va être exacerbée par la question des inventaires, passage église paroissiale sous tutelle mairie, et donc inventaire de son contenu pour le remettre à association cultuelle, violents incidents, dans Ouest, rebords SE du MC,Pays Basque, diocèse Arras, il faut enfoncer la porte des églises, un mort en Flandre !
- aujourd’hui, dernier dépositaire de cette culture anticléricale et républicaine est le Canard enchaîné, auquel votre chargé de td est abonné depuis… ses années estudiantines, la boucle est ainsi bouclée…17:17 Publié dans TD-Fonda-contemporaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.05.2008
PROGRAMME PARTI RADICAL DE 1907
PROGRAMME PARTI RADICAL
Plusieurs extraits du programme du parti Radical et radical socialiste, adopté en 1907. Catalogue de principes et d’idées destinés à être mis en œuvre quand la formation est au pouvoir. Mais il faut garder à l’esprit que tout programme est l’expression d’un rapport de forces, est la preuve d’un consensus, qu’il y a eu des tensions, des discussions, des oppositions et que le programme est parfois le plus petit dénominateur commun. Auteurs sont les délégués radicaux membres de la commission présidée par Edouard Herriot, Lyonnais, normalien présenté et adopté par le parti au congrès de Nancy en 1907. Depuis 1902, les radicaux sont au pouvoir, avec Emiles Combes devenu président du conseil en 1902-1905. Premier parti politique à être créé en 1901 (expliquer loi de 1901). Quelles sont les composantes de ce programme ?
I –UN PROGRAMME HERITE
1/ De la RF
- héritier des idées de la RF, bloc comme a dit Clémenceau en 1902, toute la Révolution, attachement aux libertés fondamentales consacrées par DDHC et prolongées par Républiques
- d’où leur nom, radix, retourner à la racine des choses et des événements, DONC à la RF mais aussi la terminer la RF, mais s’en inspirer encore et toujours
- droit de propriété intangible
- héritiers de la RF sont naturellement contre la Contre-Révolution, contre les ultras, agonis
2/ Du programme de Belleville
- régime parlementaire qui grâce au SU se confond avec la République démocratique
- pouvoir du parlement
- exécutif suscite méfiance, 1877
3/ Pour une République qui se construit au jour le jour
- se dessine une République libérale et démocratique
- programme pragmatique, évolutif, non rigide, non fixé
- empilement de droits successifs, un socle
II- UN PROGRAMME DU JUSTE MILIEU
1/ Equidistant du capitalisme sauvage
- laissez faire, laissez-aller
- excès à condamner, création d’un ministère du travail en 1906 / EX
- « contre féodalités », on dirait les trusts aux EUA, cf Shermann Act de 1895 contre les trusts
2/ et de la révolution marxiste
- ne croit pas à la lutte des classes
- contre une révolution violente injustifiable dès lors qu’est établi le SU
- reprochent aux socialos de vouloir abolir la propriété privée pour une propriété collective, collectivisme est un mot insupportable
- répression contre le syndicalisme anarcho, 1906, Clémencea brise les grèves révolutionnaires de la CGT
3/ Une France des classes moyennes
- celle des « petits »
- petits commerçants et industriels, artisans, fonctionnaires, médecins et avocats, journalistes et petits propriétaires paysans
III- UN PROGRAMME REFORMISTE
1/ Poursuivre les réformes engagées
-anticléricalisme, séparation Eglise et Etat en 1905, suppression des congrégations existantes, fibre anticléricale
- droits aux femmes (attention ! contre vote des femmes, par anticléricalisme justement, car femmes guidées, téléguidées par le "parti prêtre")
- condamnation à mort
2/ France de petits propriétaires instruits
- idéal est une démocratie de petits propriétaires, maîtres de leurs outils de travail, le champ ou l’atelier, où nul ne sera plus salarié.
- Bourgeoisie ouverte, grâce à l’instruction qui permettra à tous, paysans et ouvriers de rejoindre ses rangs
- Pour la méritocratie républicaine, les bourses qui récompensent les enfants des humbles
3/ Pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
- contre colonialisme de conquête, cf Clémenceau
- geler les conquêtes
- arbitrage, négociation, pas de nationalisme revanchard, peur de la guerre propice à toutes les aventures politiques, cf solidarisme de Léon Bourgeois, qui dans les congrès à la Haye, fin XIX, développe l'idée d'une SDN, d'un forum permanent des nations où la discussion continuelle rendrait caduque le droit du plus fort, contre les traités secrets et léonins, sources belligènes.
21:12 Publié dans TD-Fonda-contemporaine | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
19.05.2008
corrigé sur proclamation de Louis Napoléon Bonaparte
Extraits d’une proclamation affichée sur les murs, adressée nommément aux citoyens français, le 2 décembre 1851, par des participants au Coup d’Etat dirigé par LNB, et rédigé notamment par lui-même. Né en 1808, fils du frère de Napoléon, adopté par le Grand Napoléon, qui l’aimait beaucoup, élevé en Suisse dans des idées libérales et dans le souvenir de son grand-oncle. Il mène une vie aventureuse de révolutionnaire impénitent, participe au mouvement national italien. Il embrasse la carrière militaire, tente plusieurs coups d’Etat, comme en 1840. Il est interné à Ham, où il découvre et les idées socialistes. Il rédige une brochure De l’extinction du paupérisme. Proscrit, se réfugie en Angleterre. Revient en France grâce à amnistie, élu député en juin et en septembre 1848. Pris pour un imbécile par tous, mais polyglotte (il parle quatre langues) et fin manœuvrier politique, il est élu triomphalement à la présidence de la R en décembre 1848. Rapidement, il échappe au parti de l’Ordre qui a soutenu sa candidature et apparaît comme « un Napoléon du peuple ». Il entre en conflit à différentes reprises avec l’Assemblée, au nom du programme à appliquer mais aussi parce qu’il veut réviser la Constitution, car elle lui interdit de se représenter tout de suite après la fin de son mandat. Il est alors acculé au CE, qu’il prépare avec quelques-uns, qu’il repousse deux fois, pour le lancer le 2 décembre. Imprimerie encerclée, proclamations sont divisés (ouvriers typographes républicains), arrestation de parlementaires hostiles comme Thiers / ex. Comment présente-t-il aux citoyens français son coup d’Etat ?
I – UNE SITUATION DE CRISES
1. Le spectre de la guerre civile
§ Peur des rouges dans les campagnes, les partageux, Ratapoil dans les caricatures incarne la peur qu'ont les notables et les possédants
§ Peur d’une nouvelle Terreur, pouvoir populaire violent, rassure les notables, car 200 républicains à l'assemblée, et poussée socialiste
§ Peur du vide, « échéance épouvantable de 1852 »
2. Une assemblée réactionnaire
§ Lois contre le peuple, droit de vote restreint à ceux qui ont plus de 3 ans de DF, retire un tiers du corps électoral, 31 mai 1850, 9,6 M à 6,8M
§ Conflit institutionnel et même constitutionnel, révision échoue en juillet 1851, majorité des ¾, seulement 348/700
§ Aspect anti-parlementaire du bonapartisme, les « bavards »
3. La poussée des royalistes
§ Opposition des ultras, spectre d’une monarchie qui reviendrait, hostile à la France moderne et à ses avancées, lancent idée d’une Restauration surtout après mort de Louis-Philippe en août 1850, son fils soutenu par notables, intransigeance du Comte de Chambord
§ Spectre clérical, loi Falloux
II – QUE LE COUP D’ETAT DENOUE…
1. Dissolution de l’assemblée
§ Seul acte anticonstitutionnel du coup d’Etat
2. Appel au peuple
§ Classique méthode bonapartiste, restaure le SU, les F sont appelés citoyens
3. Délégation des pouvoirs constituants
§ Pouvoirs constituants, temporaires, image du Consulat
§ Peuple aura le dernier mot pour ratifier ou s’opposer, plébiscite
III – POUR REMPLIR UNE GRANDE MISSION
1. Achever la Révolution
§ Citation de NB du 18 Brumaire, mettre fin au cycle des violences. Stabiliser la société, inscrire l’héritage révolutionnaire dans la société et la pratique politique (souveraineté populaire, isonomie, libérateur des peuples…), car seuls les régimes bonapartistes ont échoué à cause de forces extérieures !
2. créer des institutions stables
§ exemple du Consulat, // Directoire et République, inflation, misère, chômage,
§ direction collégiale, régime d’assemblée, des nantis, des bourgeois
§ Consulat : toujours la république !!
3. Assurer la prospérité
§ « besoins légitimes » du peuple, les satisfaire, leur donner de l'emploi, un avenir, un espoir.
§ brochure sur l'extinction du paupérisme, mais aussi exemple anglais, moderniser la France, LNB est un saint-Simonien (partisan de intervention Etat dans vie éco), comment ? Comme son grand-oncle, intervention de Etat (grands travaux…) mais aussi libéralisme éco, conciliation des deux
21:08 Publié dans TD-Fonda-contemporaine | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
13.04.2008
CORRIGE DAUMIER
L’auteur est né en 1808, dans un milieu modeste d’artisans ( père est encadreur ). A l’âge de 13 ans, il doit s’engager comme « saute-ruisseau » chez un huissier de justice. Il manifeste déjà un engouement pour le dessin. Entre 1822 et 1825, ponctuellement, il apprend les rudiments du dessin et de la sculpture auprès de maîtres plus ou moins renommés. En 1825, il entre en apprentissage chez un éditeur et lithographe, et ce jusqu’en 1830. Il y affirme des dons certains pour la caricature. D’ailleurs, en 1830 et 1831, sont publiées ses premières caricatures. Il excelle en peu de traits à produire une caricature aisément compréhensible pour tous. En 1832, son talent le fait condamner à la prison, pour des lithographies sur Louis-Philippe considérées comme subversives. Il est envoyé en prison jusqu’en 1833. Il est dés lors renommé et connu pour ses caricatures. Et, en 1833, le Charivari publie sa première caricature. Il connaît un succès rapide, à un el point qu’il peut désormais vivre de son art. En 1839, il signe un contrat qui lui accorde 2000 francs d’avances et 50 francs par œuvre en échange de l’exclusivité. Son talent ne se limite pas à la lithographie. Comme beaucoup de typographes et d’imprimeurs , il est un républicain farouche.. d’où sa participation à ce concours.
Le document possède un contexte bien précis, celui du concours voulu par la République pour choisir la « figure de la République ». En effet, le troisième bulletin de la République, le 17 mars 184, publie l'appel du ministère de l'Intérieur auprès des artistes pour « présenter des esquisses peintes de la figure symbolique de la RF. » ces esquisses seront étudiées par un jury composé d'artites, de littérateurs et d'hommes d'Etat, sous la présidence du ministre de l'Intérieur. Il aura à retenir 3 esquisses puis, enfin, parmi les trois propositions reproduites en grand format, l'une d'entre-elles serait sélectionnée, afin d'orner les salles des assemblées publiques et des municipalités, comme le précise une décision complémentaire. // des concours sont organisés pour une médaille commémorant la Révolution et pour une figure sculptée de la RF. Bref, il s'agit bien d'une bataille d'images et de remplacer les portraits du Roi par une Marianne, figure traditionnelle de la République. Quelle figure de Marianne nous propose le caricaturiste Daumier ?
I- UNE FIGURE AMBIVALENTE
1) une femme forte
La Marianne de Daumier est une femme forte, bien en chair, presque adipeuse, qui ne s'inscrit pas dans la tradition des Marianne, plutôt présentées comme des jeunes femmes accortes. Mais c'est aussi une femme forte car mature, la Marianne est une femme mûre, une femme âgée, dans la force de l'âge. Référence à son âge symbolique, puisqu'elle est née en 1792. Une femme forte aussi pour en imposer, pas une Marianne fluette, mais une Marianne bien nourrie, qui ne s'en laisse pas imposer. Elle a d'ailleurs triomphé de l'adversité et s'impose à nouveau en 1848. Daumier entend donc transmettre à la postérité l’image d’une femme forte que l’adversité a grandie, comme elle entend aussi confirmer à ses contemporains son retour sur la scène politique. On sait que Daumier s'est inspiré des oeuvres de Rubens et notamment des portraits de Marie de Médicis, peints entre 1622 et 1625, ornant la galerie du Luxembourg. Cette femme est forte parce que c'est une figure maternelle.
2) Une figure maternelle
Cette manifestation de puissance ne fait pas de Marianne un personnage asexué : les seins dénudés que comporte la peinture rappelle la féminité de celle qui, par sa force, est au pouvoir, Elle posssède une poitrine que l'on peut qualifier d'opulente sans exagération, cette Marianne soutient bien ce qu'elle avance. Ses protubérances mammaires renvoient aux images traditionnelles des déesses de la Fertilité, comme celles de Gaule. Les trois enfants présents renforcent cette impression et cette identité. Marianne est une femme assurément fertile. On peut s'interroger sur cette trinité, évocation fugace de la trinité républicaine, liberté, égalité, fraternité ? Ou insistance simplement numérique de la fertilité de cette figure maternelle ?
Daumier a donc choisi de présenter une figure de Marianne assez ambivalente, une femme forte, qui rappelle les canons esthétiques anciens, et une figure maternelle. Bref, une figure complexe qui exalte les qualités féminines tour à tour. Mais cette figure est aussi très nettement une figure du peuple.
II– UNE FIGURE DU PEUPLE POUR LE PEUPLE
1) Une figure populaire
Cette Marianne est demi-nue, cette nudité partielle évoque deux choses. La nudité antique, et Marianne possède des attributs antiques, comme le bonnet, peut-être une manière de rappeler et de souligner cette identité, elle est d'ailleurs revêtue d'une sorte de toge antique, qui rappelle la toge des citoyens romains, les citoyens de la plus prestigieuse des Républiques antiques et anciennes. Dans l'antiquité, seuls les dieux et les héros étaient représentés nus, ici, elle est à demi-nue. Mais cette nudité est aussi celle des humbles, des modestes, de celles et de ceux qui n'ont rien à cacher. C'est une figure humble, simple, modeste qui est proposée, pas une abstraction complexe, mais une figure connue, familière, sans apprêts, sans atours, une femme comme il en existe tant d'autres dans la République française. Cette Marianne est une allégorie des femmes de France, de ce peuple ouvrier et industrieux, de ce peuple de paysans. Cheveux flottants, dépouillement, simplicité des attributs...
2) Une figure humanitaire
De la figure maternelle à la figure humanitaire, il n'y a qu'un pas. La République de 1848 exalte la fraternité, on parle d'un esprit de 1848, une fraternité sociale, fin du conflit, du différend entre les classes dont parle Lamartine, fratrernité entre les peuples et tous les peuples comme l'a rappelée l'abolition de l'esclavage. Mais cette humanité est aussi nourricière. La République, incarnation de la Charité et de la mère des compagnons (identité d'ailleurs soulignée par la patte d'oie dans le triangle dans le piedestal du trône), est un régime nourricier, frumentaire, pour souligner davantage les traditions antiques, comme la république romaine l'était avec sa plèbe. Elle nourrit ses enfants, accrochés à ses seins, qui semblent bien vigoureux, musclés, bien portants. Ce rôle nourricier est corroboré par les premières mesures sociales de la République, avec la reconnaissance du droit au travail et la création le 26 février des ateliers nationaux, qui rappellent les ateliers de la charité, emploi des chômeurs par des travaux publics, bien payés, 2 francs par jour, qui n'est guère éloigné d'un salaire. Bref, la République éloigne le spectre de l'indigence. Mais elle ne se contente pas que de nourrir ses enfants, elle les instruit aussi, un des enfants lit un livre. Projet d'une instruction laïque et gratuite prise en charge par l'Etat, qui poursuit l'oeuvre entreprise par Guizot (1833). Le SU doit être éclairé par l'instruction, les lumières doivent être diffusées partout, pour tous...
Daumier nous livre donc une figure de Marianne populaire et au service du peuple. Il s'agit d'une allégorie très politique et très politisée. Toutefois, cette Marianne possède aussi des caractères traditionnels.
III – UNE FIGURE AUX ATTRIBUTS TRADITIONNELS
1) Une figure révolutionnaire
- bonnet phrygien
- drapeau tricolore
- figure libertaire, toge, accès à la citoyenneté de l'ancien esclave, image révolutionnaire très forte
2) Une Marianne victorieuse
- elle trône symbole de victoire, manifestation de puissance
- impression d'élan, de dynamisme, de mouvement vers l'achèvement de la Révolution, cycle qui se termine, 1848 doit terminer le cycle ouvert en 1789 et interrompu en 1830
- vêtement blanc, une nouvelle page à écrire
- prête à défendre sa victoire, regard déterminé, prête à se lever
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12.12.2007
TD sur document n° 16
Il s´agit d´un extrait d´une adresse destinée au Roi Louis Philippe. C´est à dire une déclaration généralement écrite, comme pour notre document, dans laquelle des particuliers appartenant à un même groupe (ici un corps constitué, des citoyens et des membres de la GN), communiquent à une personne investie du pouvoir, ici le roi louis-Philippe leur opinion et/ou leurs vœux concernant un événement. Cette adresse date du 12 juin 1832. Elle est envoyée par les citoyens et les gardes nationaux de Lunéville. Les citoyens sont ceux qui participent à la vie politique du royaume, ce sont donc ceux qui possèdent une certaine capacité censitaire (cens électoral est de 200 francs depuis le 19 avril 1831). Les gardes nationaux sont les membres de la Garde Nationale, une institution réorganisée par Louis-Philippe, au lendemain des Trois Glorieuses, afin de remercier les ex gardes nationaux qui avaient participé aux combats dans Paris et permis le changement de régime. Le contexte dans lequel s´inscrit ce document est composé des suites de l´émeute du 5 juin 1832, qui a été réprimée avec succès grâce au concours de la Garde Nationale. Comment les auteurs de ce document présentent-ils cette émeute et leur intervention pour la mater ?
I – UNE INSURRECTION MATEE…
1. L´insurrection du 5 juin 1832
Le « sort affreux » évoqué dans le doc, c´est l´insurrection du 5 et du 6 juin 1832. C´est la date de l´enterrement du général Lamarque, un des leaders de l´opposition à la Chambre et un de ses tribuns. Son enterrement dégénère en émeute. Comme en 1830, des barricades sont érigées dans les quartiers populaires du centre de Paris. Le faubourg Saint Antoine entre en sédition. Le régime ne tergiverse pas. Il envoie des troupes aguerries mater la rébellion. 25 000 soldats sont mobilisés. Les émeutiers sont vite écrasés malgré un dernier carré qui résiste énergiquement autour du cloître Saint-Merri. Aux côtés des régiments militaires, on trouve des détachements de la GN.
2. Fomentée par une alliance contre-nature
Deux forces se sont alliées dans cette émeute. D´une part, les ouvriers parisiens. Même si la majorité des ouvriers n´a pas bougé, l´ossature de l´émeute est ouvrière. Les ouvriers ont été rapidement déçus par la monarchie de Juillet. Le régime, même s´il se montre libéral (abolition de la censure, délits de presse devant les jurys…), n´a pas procédé à une démocratisation. La masse de la nation est exclue de la vie politique. En 1832, le corps électoral est de 170 000 personnes. En outre, Casimir Périer se montre inflexible devant les manifestations populaires et ouvrières. (répression de l´émeute lyonnaise en novembre 1831). De plus, le contexte économique est mauvais, le chômage progresse, le prix du pain est le plus élevé depuis 1830, dans une période où le choléra fait des ravages dans les milieux populaires. A Paris, dans les quartiers du centre, la promiscuité, le manque d´hygiène, l´absence de réseaux d´assainissement provoque une surmortalité sociale. 20 000 personnes meurent du choléra. Même si des bourgeois sont frappés (notamment Casimir Périer), le choléra apparaît comme une maladie de la misère. On est inégal devant la mort, comme on l´est devant le bulletin de vote, ce qui exacerbe les tensions sociales, déjà aiguisées par les difficultés économiques. La seconde force, c´est l´opposition républicaine. Les débuts de la monarchie de Juillet marquent une effervescence de l´idée républicaine. De nombreuses associations sont créés, qui dessinent un réseau républicain dans tout le royaume. Citons l´Association libre pour l´éducation du peuple présidée par Dupont de l´Eure. Ce réseau se nourrit de la liberté de la presse. On dénote ainsi une soixantaine de journaux républicains, qui sont diffusés, lus et commentés dans les clubs et les cafés. 52 procès pour la Tribune d´Armand Marrast en moins d´un an… La propagande des républicains s´adressent désormais aux ouvriers. Il prêche le suffrage universel, la diffusion de l´instruction dans le peuple… Des associations dispensent des cours d´alphabétisation. Lors de l´émeute, certaines de ces associations ont joué un rôle, comme la Société des Amis du Peuple. On trouve aussi des étudiants et des révolutionnaires étrangers, belges, polonais… Mais la majorité des chefs républicains condamnent l´aventure et refusent de participer à l´émeute.
3. La menace de la Révolution
La menace de la Révolution est double. D´une part, une révolution politique, qui abattrait la monarchie pour ériger une République partageuse. D´autre part, une révolution sociale. Les classes laborieuses sont vues comme les classes dangereuses. Les émotions, les émeutes sont autant de tentatives de déstabilisation sociale qui menacent la monarchie bourgeoise. Le rapport officiel dénonce « les hommes que la misère, l´habitude du désordre et du vice livrent aisément à tous les excès [1] ». Le danger n´est pas seulement un fantasme du possédant. L´émeute des canuts à Lyon, les 20 et 22 novembre 1831 l´a montré. Pendant deux jours, les émeutiers ont été les maîtres de la ville. La devise des canuts était « vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Seule l´intervention de l´armée de Soult a permis de rétablir l´ordre dans la ville du confluent. Cette émeute est une véritable lutte des classes entre le possédant et l´ouvrier.
L´émeute du 5 et 6 juin est présentée comme résultant de la conjonction des ouvriers et des républicains, désireux d´abattre le régime de juillet. Mais elle a échoué par l´action de la GN.
1. La Garde Nationale.
La GN est une des héroïnes des Trois Glorieuses. Dissoute par Charles X en avril 1827, parce qu´elle avait exprimé des « cris séditieux » contre le monarque, elle est réapparue le 28 juillet 1830. Telle est la légende officielle, qu´il convient de corriger. Certes, des émeutiers ont revêtu l´uniforme de la GN lors de l´émeute. Des compagnies de GN sont apparues le 29 juillet, mais il s´agissait de bourgeois se mobilisant pour défendre leurs biens. Le gouvernement provisoire la rétablit officiellement le 29 juillet 1830. Les premières légions sont reconstituées du 30 au 31 juillet. Elle est réorganisée par la loi du 22 mars 1831. En 1832, on trouve 1850 000 légionnaires pour tout le royaume. La garde parisienne rassemble 5000 personnes, dans douze légions d´infanterie (une par arrondissement) et dans une légion de cavalerie. Ils ont un rôle de police, ils patrouillent dans les rues la nuit, protégeant les biens et les personnes.
2. L´expression du « bon peuple »
Si en 1830, la Gn est ouverte à quiconque, la loi de 1831 fait de la G une institution bourgeoise. Des conditions censitaires rendent l´inscription impossible aux ouvriers. Pour servir dans la Garde, il faut être imposé. En outre, le service impose des dépenses notables : le garde doit payer son uniforme (175 francs, soit trois mois de salaire ouvrier), consacrer unejournée de travail et une nuit cinq à six fois par an. Bref, elle représente le « bon peuple », épuré de la populace, débarrassé de la canaille. De garde nationale, elle devient une milice bourgeoise et citoyenne. Ce sont surtout les petits bourgeois qui en sont membres, le monde de l´échoppe et de la boutique. Les opposants dénoncent dès 1831 les bourgeois « furieux de l´ordre public », assoiffés du sang du peuple, chiens de garde du régime bourgeois. Le Garde est en effet un citoyen, un de ces « vrais citoyens », ayant du bien et qui lie son destin à celui du régime.
3. Une place centrale dans le régime depuis 1830
La Gn est exaltée depuis juillet 1830 par le nouveau régime. Le GN est le pilier du régime. A l´anniversaire de Juillet, la grande revue de la G montre l´alliance fondatrice du roi et du peuple héroïque. Les liens sont illustrés par la participation du roi et de sa famille aux manifestations de la milice : participation aux bals, invitation des officiers aux festivités du Palais Royal, les fils Orléans et Nemours sont inscrits dans les rangs de la légion d´artillerie citoyenne, les inaugurations du buste du monarque dans les corps de garde s´accompagnent de libations et d´articles dans la presse. Le portrait officiel du roi le montre en grand officier de la Garde. Ainsi s´explique la participation de la GN à la répression de l´insurrection de 1832. Une fille d´un négociant de Saint Martin écrit à son frère et relate l´intervention de son père « Papa s´est habillé pour aller rejoindre le bataillon, place des Petits-Pères. Il a embrassé maman et moi en disant, il faut en finir avec ces misérables ! ». Elle a payé un tribut humain, «27 membres ont été tués, une centaine de blessés sont à déplorer. Le Roi accorde aux soldats tombés des obsèques grandioses. Une grande revue est organisée le dimanche suivant pour honorer la mémoire des martyrs.
La GN, institution renouvelée par la monarchie de juillet, est devenue non seulement une milice bourgeoise mais aussi le pilier du régime louis-phillipard. Un régime qui se définit donc par l´alliance entre cette garde et le roi-citoyen.
III - ET DU ROI...
1. Le Roi citoyen
Le roi est le premier des citoyens. Il n´a pas été élu, ni sacré et n´est pas le successeur désigné de Charles X. Il a été imposé par une révolution populaire et citoyenne. Le régime résulte d´une union entre la nation et le roi. Il applique et respecte la charte, colonne vertébrale du régime. Il règne mais ne gouverne pas. S´ impose à lui la volonté de la souveraineté nationale exprimée par les députés. Le roi est ainsi le premier des citoyens.
2. Le Roi patriote
« seul espoir pour la patrie ». Le roi est un patriote. Il a combattu à 19 ans à Valmy et à Jemmapes contre les armées coalisées qui voulaient abattre la Révolution et son œuvre émancipatrice. Signe de ce patriotisme, il a repris les couleurs tricolores de naguère et rejeté le drapeau blanc, drapeau de la réaction. Toute une série de tableaux (Joseph Désiré Cour) montre le roi entouré des insignes tricolores, comme celui où il remet les drapeaux à la garde nationale. Par ailleurs, les Orléans sont une dynastie nationale, pas une dynastie imposée par l´étranger et ramenée dans ses fourgons par la force de l´épée mercenaire.
Le roi est aussi le premier des bourgeois. Il a envoyé ses fils au collége Henri IV. Econome, modeste, bonhomme, LP se garde de modifier son personnage après juillet 1830. On continue de le voir parcourir les rues parisiennes son parapluie sous le bras, serrant la main des passants et répondant aux bravos. Aux Tuileries, il forme avec sa femme un couple tendrement uni, aimant les plaisirs simples de la vie familiale. Cette communauté de vie est renforcée par une communauté d´intérêts. Le roi, premier des bourgeois, vivant de son bien, première fortune de France, est désireux de défendre l´ordre bourgeois, face aux menées de l´aristocratie revancharde et aux soubresauts populaires. 1830 est l´aboutissement d´une évolution historique consacrant l´avènement de la classe moyenne, entendez bourgeoisie. Pas de démocratisation outrancière, pas d´extension de libertés délétères… Etre roi-bourgeois est aussi un programme politique.
[1] Rapport officiel du Comte de Lobeau, commandant en chef chargé de la répression de l´émeute du 5 et 6 juin 1832.
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13.11.2007
TD n°3
Comment Guizot présente-t-il la solution orléaniste ?
I- LE CONTEXTE : LA CHUTE D`UN REGIME LIBERTICIDE
1. Le coup de force de Charles X
L´auteur rappelle les circonstances de la solution orléaniste, l.1 « le pouvoir absolu levait son drapeau », « un pouvoir usurpateur de nos droits… »… Il convient donc de rappeler la chronologie de ce retour du pouvoir absolu. Le pouvoir absolu c´est évidemment celui de Charles X, roi ultra, qui essaie de reprendre l´initiative politique. Après des élections contraires en juillet 1830 où l´opposition sort renforcée et où les notables ont décrété une grève de l´impôt. Charles X, attaché à son pouvoir tente l´épreuve de force, préférant quitter le pouvoir à cheval plutôt qu´en charrette. Le 25 juillet, il signe 4 ordonnances. La troisième modifie les conditions du cens, en restreignant les conditions d´accès pour le monde de la manufacture et du négoce. La dernière rend caduque la liberté de presse, les journaux sont suspendus, leur droit de publier est soumis à autorisation préalable. C´est une politique ultra, la concession est jugée dangereuse, vectrice de la révolution, comme celle qui a coûté la vie à Louis XVI. Or, il rompt l´équilibre institutionnel de la Rstauration et on pourrait presque dire « constitutionnel ». Le roi n´est en effet que légitime dans la mesure où il respecte la Charte. Seule la Charte confère la légitimité morale de ce roi et de sa dynastie. S´il viole la Charte, le roi est illégitime, il redevient un monarque absolu, un Louis XIV en niant les acquis de la Révolution, dont les libertés. En outre, l.2, il nie le verdict des élections : les deux premières ordonnances dissolvent la Chambre et fixent de nouvelles élections en septembre. Bref, la Charte est nié, l´esquisse du régime parlementaire aussi, la révolte est légitime à ce titre. La révolte vient de la population de Paris.
2. Balayé par la population de Paris
L´auteur rend un hommage appuyé à « l´héroique population de Paris ». On connaît la succession des trois jours. Toutefois, il convient de remarquer que l´auteur ne prononce, à aucun moment le mot de révolution ou de peuple. Il utilise des périphrases, comme « Paris attaqué » ou « population de Paris » pour désigner les acteurs et auteurs de cette révolution armée. Mais il lui reconnaît un caractère légitime, puisqu´elle intervient contre la dérive absolutiste et despotique de Charles X.
Guizot explique donc le contexte de la solution orléaniste. D´une part, les ordonnances de Charles X, tentative de restaurer des pratiques despotiques, et, d´autre part, l´intervention de la population parisienne, qui abat le régime liberticide. Désormais, la France connaît une transition politique, qu´il convient avec Guizot de détailler.
II- UNE TRANSITION POLITIQUE EN COURS
1. L´action des députés
L. 7, le rôle des députés est signalé. Quel est ce rôle et qui sont ces députés ? Ce sont les libéraux, les doctrinaires dont Guizot est le chef de file. Ils ont été à l´origine de la protestation, l´étincelle, l´élément déclencheur de la révolution des Trois Glorieuses. Or, la situation leur échappe et l´option républicaine ne semble plus une gageure. Chevalon, un républicain, forme même le projet de proclamer la République et de lui donner pour président La Fayette, qui retrouve une grande popularité, y compris dans cette population parisienne.
Il faut, de plus, assurer la « paix », c´est à dire l´ordre social, faire rentrer les émeutiers dans leurs quartiers, rassurer les notables, les possédants. La population doit s´effacer de la scène politique. Thiers et Mignet, par proclamations, proposent de faire appel au duc d´Orléans pour lui proposer « la lieutenance générale du royaume », du royaume. La transition ne se fait donc que dans un cadre monarchique. Charles X a abandonné le pouvoir mais le pouvoir est toujours monarchique. Il est vacant, mais il n´est pas à changer. Le rôle des députés est donc un rôle transitoire, en attendant « l´intervention régulière des chambres », c´est à dire le libre exercice de ceux désignés par le suffrage. Le pays légal aura à se prononcer sur cette transition et lui fixer un cadre juridique. Ainsi se lit toute la conception du pouvoir de Guizot, le rôle majeur est exercé par les députés, ceux qui ont les capacités, une capacité manifestée et atteinte par un seuil d´imposition, qui elle-même est considérée comme une condition suffisante à l´exercice de la raison. Ce sont eux les dépositaires du système. Si les députés jouent un rôle non négligeable, un rôle central est assuré par le Duc d´Orléans.
2. Le Sauveur : le duc d´Orléans
Guizot lui dresse un panégyrique véritable. « dévoué à la cause nationale et constitutionnelle. Il en a toujours défendu les intérêts et professé les principes ». C´est Louis-Philippe d´Orléans. Il a combattu avec les armées de la Révolution à Valmy en 1792 et à Jemmapes, âgé de 19 printemps. On le dit partisan des idées nouvelles, il admire la constitution américaine, par exemple. Il n´est pas le seul des Orléans à avoir donné des gages à la Révolution. Louis Philippe d´Orléans appartient à cette quarantaine de nobles qui ont rejoint le tiers état. Exilé après la révolte des femmes en octobre 1789 par louis XVI, revenu en France, rebaptisé, il vote la mort de Louis XVI. Il est exécuté pendant la Terreur. Bref, Louis-Philippe a de qui tenir. Même s´il est l´homme le plus riche de France. Même s´il est marié à une princesse napolitaine, issue d´une cour la plus réactionnaire d´Europe, même enfin s´il a accepté les bienfaits de Charles X… Thiers parvient à estomper les réticences du premier des Orléans et arrivé à Paris, ce dernier se rend à l´Hôtel de Ville en compagnie de Laffitte, de Constant, La Fayette présente le duc enveloppé dans les plis du drapeau tricolore et sur le balcon, offert aux regards de la foule, l´embrasse. La foule applaudit le nouveau lieutenant général. Comme l´a écrit Chateaubriand, « le baiser de La Fayette fit un roi ». Il apparaît comme « un point d´équilibre » (Francis Démier), un compromis entre toutes les forces qui ont fait chuter Charles X, une sorte de dénominateur commun. Il sauve la monarchie en lui proposant une voie nouvelle, la voie orléaniste.
La transition politique en cours est orchestrée par les députés restés à Paris, ceux qui avaient les premiers résisté contre les ordonnances du roi ultra. Puis, ces députés, afin de court-circuiter la République, donnent les responsabilités au premier des Orléans. Un nouveau pouvoir s´annonce, un nouveau pouvoir s´amorce donc. Quel est son programme ?
III- LE PROGRAMME DU POUVOIR A VENIR
1. Une réaction à la Restauration
Le nouveau régime à venir se définit d´abord contre la Restauration et contre les ordonnances scélérates. Citons l´instauration de « jury pour les délits de presse ». Des lois avaient restreint la liberté de la presse, pourtant consacrée par la Charte. Citons celle suivant l´assassinat du duc de Berry le 13 février 1820. La presse est dès lors soumise à la censure et à l´autorisation préalable. Une des ordonnances restreindra encore cette liberté. La liberté de la presse est une liberté essentielle, elle permet l´expression de l´opinion, mais les artisans de la contestation sont aussi des hommes de presse, ce qui explique aussi cet intérêt, Thiers est un journaliste au National, Guizot a fondé et anime le Globe… Les ouvriers typographes enfin, ont été les premiers à arpenter le pavé parisien pour défier le pouvoir de Charles X. La censure est donc condamnée. Autre mesure qu´il faut lire comme une réaction au règne de Charles X, la mesure concernant la Garde Nationale., l.14. La GN, créée en 1789, dissoute en 1827,est réapparue en 1830, de manière spontanée, puis officiellement par le nouveau pouvoir le 29 juillet. Les premières légions sont réorganisées dans la nuit du 30 au 31 juillet. Elle a joué un rôle notable dans les combats et a participé aussi à la défaite du régime liberticide de Charles X, en payant le prix du sang et de la sueur. Le nouveau régime ne peut rester indifférent. Ce passage doit alors se comprendre comme la promesse de donner un cadre institutionnel, matériel et financier à cette organisation, en lui donnant un caractère ouvert, officiers élus par les autres membres de cette milice de citoyens. Le nouveau régime qui surgit est donc un régime qui peut se définir contre la pratique ultra. Il fait aussi de la Charte sa doctrine souveraine.
2. La Charte, socle du futur régime
C´est au nom du respect de la Charte que les manifestants ont combattu. « La Charte sera une vérité ». C´est à dire qu´elle constituera la colonne vertébrale du régime. Consignant toutes les libertés et les droits essentiels, elle est comme une constitution. Le régime qui s´esquisse dans cette proclamation est bel et bien un régime parlementaire : importance de la Charte qui borne les pouvoirs de l´Exécutif et donc du Chef de ce dernier, l.15, élection des conseils municipaux et des conseils généraux (entourant le préfet), l.17, responsabilité du gouvernement et des hauts fonctionnaires devant la Chambre… Le suffrage consacre tout. En outre, l. 20-21 son élargissement est annoncé.
Dans ces conditions, le rôle du roi est modifié. Le futur roi respectera les « droits car il tiendra de nous les siens », ce sera donc un roi des Français, un roi borné par la délégation des pouvoirs que lui confieront les électeurs, et un pouvoir évidemment contrôlé par les Chambres. Un roi non sacré, un roi non élu. Mais un roi appelé au pouvoir et qui sera subordonné à la souveraineté nationale. Ce qui montre donc, non seulement que le futur régime s´éloigne bien de Charles X mais aussi que la Charte est une de ses valeurs cardinales
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24.10.2007
Correction du TD2-Charles de Remusat
1. La tentative de Charles X
Expression de l´auteur qui mérite des éclaircissements. Après des élections contraires en juillet 1830 où l´opposition sort renforcée. Parallèlement, des notables ont décrété une grève de l´impôt. Charles X, attaché à son pouvoir tente l´épreuve de force, préférant quitter le pouvoir à cheval plutôt qu´en charrette. Le 25 juillet, il signe 4 ordonnances, deux dissolvent la Chambre et fixent de nouvelles élections en septembre, cela nie l´expression du suffrage censitaire. La troisième modifie les conditions du cens, en restreignant les conditions d´accès pour le monde de la manufacture et du négoce. Enfin, la dernière rend caduque la liberté de presse, les journaux sont suspendus, leur droit de publier est soumis à autorisation préalable. Il s´agit en fait de reprendre l´initiative et de montrer que le roi a les pouvoirs. C´est une politique ultra, la concession est jugée dangereuse, vectrice de la révolution, comme celle qui a coûté la vie à Louis XVI. Une initiative que l´auteur ne peut apprécier. Le roi n´est que légitime dans la mesure oùl il respecte la Charte. Seule la Charte confère la légitimité morale de ce roi et de sa dynastie. Si la Charte est violée, si le roi ne respecte plus la prépondérance des Chambres, il n´y a plus d´autorité. La France a donc changé. Comme le montre la réaction populaire.
2. Une émeute populaire
Après une publication d´une protestation de journalistes le 27 juillet (à laquelle notre homme s´associe), des journaux publient malgré l´interdiction, la police intervient, saisit les numéros et les presses. Les cabinets de lecture sont fermés comme les cafés. Les ouvriers de la presse sont au chômage. Les heurts sont fréquents, notamment au Palais-Royal, opposant police et groupes d´étudiants et d´ouvriers du monde de la presse. Les incidents sont de plus en plus nombreux et sanglants. La nuit du 27 au 28 voit les événements s´aggraver. Des armureries sont pillées et des barricades sont édifiées, la première rue de Montmartre. Le drapeau tricolore apparaît sur l´Hôtel de Ville, résultat de ce « fonds de noire passion patriotique » nourrie contre les Bourbons. Pour le peuple, les Bourbons sont arrivés des fourgons de l´étranger, la Restauration ne se faite qu´au prix des défaites des armées napoléoniennes, accompagnées de l´occupation de la France par des troupes ennemies, les Russes en Champagne par exemple. Dans un passage inédit dans cette édition, l´auteur explique ces propos : « le patriotisme a mis entre la nation et la Restauration une cause éternelle de récrimination, de soupçon et de haine. La R. a contracté avec l´étranger, avec l´ennemi une alliance historique dont le souvenir ne saurait s´effacer de la mémoire des peuples. De son aveu, elle a triomphé par la chute et la spoliation de la patrie ». La substitution du drapeau blanc au drapeau tricolore a blessé le sentiment national. Il existe une haine du peuple contre les Bourbons imposés par les régimes les plus réactionnaires de l´Europe. Alexandre Dumas l´a très bien résumé : « [le peuple] voulait venger Waterloo dans les rues de Paris ». Là encore, les élites ultras n´ont pas pris conscience des bouleversements introduits en France par la Révolution. L´émeute change alors d´échelle, elle n´est plus ouvrière ou corporative, mais se veut nationale, comme le remarque bien l´auteur : Marmont lance alors des colonnes à partir des Tuileries en direction de l´Hôtel de Ville. Les combats sont sanglants, indécis, même si on a observé des soldats fraterniser avec les émeutiers. Marmont a ordonné au soir le retrait des troupes aux Tuileries. La situation est toutefois confuse. C´est alors que des membres de l´opposition tentent une médiation.
3. Une réaction parlementaire
L´auteur évoque une « négociation » menée par des « députés ». Bien que les ordonnances ont été prises lors de la vacance de la Chambre (elle ne doit se réunir que le 3 août), quelques députés tentent une médiation avec les officiers supérieurs. Elle a lieu sous les auspices de Guizot, cité ligne 1, bourgeois protestant nîmois, historien, universitaire, opposant (ses cours sont suspendus à la Sorbonne en 1822), chef de file des doctrinaires, auxquels l´auteur a appartenu. Il obtient le concours de la majorité des députés de l´opposition et publie un texte, qui proteste contre « le coup d´Etat royal » mais laisse apparaître des solutions acceptables par tous : maintien de Charles X, retrait des ordonnances et renvoi des ministres. L´émeute populaire est donc doublée d´une réaction parlementaire.
Seule la médiation paraît avoir des chances de débloquer la situation politique, tant l´issue de l´émeute suite aux ordonnances de Charles X, semble compromise.
II- AU SUCCES QUI SEMBLAIT IMPROBABLE
1. Une lutte perdue d´avance
Charles de Rémusat le déclare à différentes reprises, « encore moins d´espérance », « on ne doutait point que les troupes fussent bientôt maîtresses de l´émeute » « il n´y avait rien à attendre de la lutte armée ». Carrel le confirme, du haut de son expérience militaire (Saint Cyrien et ayant combattu les Bourbons en Espagne en 1823) « il n´y avait rien à en attendre » la lutte semble perdue, la guerre de rues semble vouée à l´échec. Thiers lui-même le pense, redoutant le moment où le pouvoir ferait intervenir l´artillerie et les troupes réglées comme le rapporte le duc de Castries. Ce pessimisme peut être expliqué par la disproportion des forces. 10 000 hommes protègent Paris, des soldats expérimentés et Marmont a la réputation d´être un chef énergique.
2. …et dangereuse pour l´ordre social…
Comment comprendre les phrases suivantes : « chacun devrait songer à sa sûreté », « ils seront très cruels » ? Charles de R. est un notable. Comme tout notable, aristocrate ou bourgeois, comme le duc de Broglie, il se méfie du peuple, du vulgaire, des émotions populaires. Le peuple est vu comme un monstre, dont les soubresauts sont capables d´ébranler tout l ´édifice social. Victor Hugo, pourtant démocrate, déclarait «
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N´a jamais de figure et n´a jamais de nom,
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère. »
Les notables voient aussi les classes laborieuses comme autant de classes dangereuses. Une insurrection populaire, c´est la porte ouverte au pillage, aux viols, aux crimes. De fait, le 29 juillet, des prisonniers politiques sont libérés par les émeutiers, d´autres s´échappent dont les prisonniers pour dette de Saint Pélagie. Comme l´écrit Chateaubriand « une révolution est un jubilé, elle absout de tous les crimes, en en permettant de plus grands », tome II, p.409. Ainsi s´explique aussi l´analogie avec le 13 Vendémiaire, où la convention pour se défendre contre l´insurrection royaliste avait fait libérer de prison sortir de prison d'anciens sans-culottes, tape-dur ou lécheurs de guillotine, pour renforcer les troupes. Bref, l´insurrection populaire fait peur, par ses possibles remous sociaux, par la peur que certains en profitent pour piller, voler. Peur d´autant plus forte que l´émeute a changé de nature. D´insurrection populaire elle est devenue une insurrection nationale. Elle peut donc amener un changement total de régime, à savoir la République. Certains l´affirment haut et fort, comme Chevalon, qui désire en donner la présidence à Lafayette. Bref, l´émeute a changé de nature, elle est désormais révolutionnaire.
3. …mais dotée de la force révolutionnaire
Premier signe de cette transformation, signe le plus évident, les « barricades ». Dans la nuit du 27 au 28, Paris s´est couvert de barricades. Ce qui complique l´intervention militaire. Il faut imaginer Paris en 1830 comme une ville qui conserve encore sa physionomie médiévale, les rues sont étroites, non rectilignes. Les barricades transforment chaque rue barrée en un redoutable bastion, en un chausse-trapes, qui permet aux insurgés de se protéger du feu adverse et surtout de la cavalerie, totalement inopérante dans ce genre de configurations. Alexandre Dumas, qui est un des combattants de juillet, relate ainsi : « Les boulevards étaient en feu depuis la Madeleine jusqu’à la Bastille ; la moitié de leurs arbres avaient été abattus et avaient servi à élever plus de quarante barricades. » Il faut ajouter aussi que bon nombre des émeutiers disposent d´une expérience militaire acquise sur les champs de bataille de la Révolution, du Consulat et de l´Empire. C´est la première fois depuis la Fronde que Paris se couvre de barricades lors d´une insurrection. Une insurrection qui reprend donc des aspects, des traits des événements révolutionnaires précédents, que l´auteur cite :
- 14 juillet 1789, prise de la Bastille, symbole du despotisme royal. Révolte contre le despotisme de Charles X
- 10 août 1792 : attaque du Palais des Tuileries par les révolutionnaires soutenus par le nouveau gouvernement municipal de Paris, à savoir la commune insurrectionnelle. Les combats se rapprochent des Tuileries, qui seront prises le 29 après une résistance des Suisses…
- 13 Vendémiaire : tentative par les royalistes d´abattre la Convention en 1795, coup de force parisien qui est balayé par les canons d´un jeune officier Bonaparte.
L´insurrection semble donc mal engagée, sans grand espoir de réussite. Le 28 juillet, c´est un peu la chronique d´une mort annoncée. Une insurrection qui pourrait ouvrir la boite de Pandore et aboutir à des désordres sociaux gravissimes. Mais, elle réussit, notamment par l´érection des barricades et par sa dynamique révolutionnaire.
Le document analysé nous permet donc de saisir le mécanisme de l ´émeute, puis de bien comprendre pourquoi ces trois glorieuses ont eu un caractère indécis. Le régime de Charles X est balayé, les Bourbons de nouveau en exil, il reste maintenant aux libéraux de court-circuiter cette même dynamique révolutionnaire en imposant un changement de dynastie.
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05.10.2007
Conseil de lecture
Comme promis, voilà un livre intéressant sur la question et qui fait le point sur tous les aspects du programme :
DEMIER, Francis, La France du XIX siècle, Paris : Seuil, Collection Points Histoire, n° H278, 2000.
Bonne lecture.
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19.06.2006
Deux figures de Communards
" Je suis né à Toulouse en 1826. Je descends d'un. bon patriote de 92, Nicolas Brousse ; chargé de vente des biens nationaux, il aurait pu s'enrichir sans forfaire, il fit abnégation de tout et mourut sans fortune nous laissant un nom estimé et ses principes républicains pour héritage. Nous le conservons religieusement. Ouvrier menuisier ébéniste à l'âge de 18 ans, je quittais mes foyers pour faire mon tour de France, travaillant le jour, étudiant la nuit : l'histoire, voyages, philosophie, économie sociale et politique, faisant la propagande et prenant part à tous les mouvements républicains qui avaient lieu là où je me trouvais. Arrivé à Paris en 1864, je m'établis deux ans après ébéniste réparateur 2, rue Joquelet, J'occupais 1 à 3 ouvriers, je les payais 50 c. par jour plus cher que le prix officiel et je leur faisais la propagande par-dessus le marché. J'ai pratiqué l'association tant que j'ai pu. En politique, je veux la souveraineté du Peuple la plus étendue, toutes les libertés sans autre limite que la liberté d'autrui. Je voudrais voir établir un impôt unique sur toute propriété ou valeur. Instruction gratuite et obligatoire. Instruction supérieure gratuite aussi et toutes deux laïques. Je voudrais en un mot toutes les Réformes que réclame notre mauvaise organisation sociale et politique. "
Les femmes siègent dans l'Église de la Trinité.
" Pour nous autres, la plaie sociale qu'il faut d'abord fermer, c'est celle des patrons, qui exploitent l'ouvrier et s'enrichissent de ses sueurs, Plus de patrons qui considèrent l'ouvrier comme une machine de produit, Que les travailleurs s'associent entre eux, qu'ils mettent leur labeur en commun et ils seront heureux.
D'après J. ROUGERIE, Paris libre, 1871, Le Seuil.
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