26.01.2009
Bonapartisme et Sarkozysme
Avant d'entamer la suite du cours,
Lisez le dernier article de Laurent Mauduit sur le blog de Mediapart, pour avoir une contribution originale et stimulante à notre interrogation.
Et je verse au débat cette photographie personnelle d'un quatrième de couverture, aperçu en juin 2008 dans la Grande Librairie Internationale de Tirana.
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24.01.2009
Péroraison en HPC - Pour une histoire des droites...
Chères étudiantes, chers étudiants de l'ex-HPC-L2,
Il m'a hélas manqué le temps d'aborder le dernier chapitre de notre cours, à savoir, la période 2006-2007. A la lumière de notre problématique, la question n'est ici pas de savoir si on doit approuver ou réprouver la politique menée depuis l'élection présidentielle. Cela appartient à nos consciences propres. Notre interrogation est tout autre. A quelle famille de nos droites appartient notre Président ?
La question est délicate. Lui-même, par inclinaison personnelle, n'aimerait pas être classé dans une catégorie précise, définie et donc bornée. Nicolas Sarkozy a souvent proclamé qu'il se riait des étiquettes et des traditions, pour mieux s'en affranchir. Ainsi, il n'a pas hésité à citer Léon Blum ou Jean Jaurès, réalisant ce que Jean-Pierre Azéma a joliment baptisé "un braconnage historique". Brouiller les références est déjà un objectif per se, mais en citant des hommes indiscutablement classés à gauche, il proclame aussi qu'ils appartiennent à la mémoire commune aux Français. D'un autre côté, nos partis de gauche sont un peu oublieux actuellement des grandes références, des pères fondateurs, de ceux dont ils devraient relire les actions, ou lire les pensées pour s'en imprégner et proposer une alternance digne de ce nom, plutôt qu'un succédané de la politique inverse. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois.
Bref, le Président s'affirme par goût, par envie, par besoin et par stratégie comme un homme inclassable. Pourtant, il est de droite, membre d'un parti de droite, ayant participé à de nombreux gouvernement de droite, et ayant exercé des fonctions édilitaires sous une étiquette de droite. Alors, à quelle droite appartient notre Président ?
Procédons comme René Rémond et balayons les droites...
Commençons par la première du nom, la droite légitimiste.
Cette droite est réactionnaire, contre-révolutionnaire et ultracatholique. Peut-on rattacher le président à cette famille ?
Des faits pourraient, en effet, confirmer cette appartenance. Il a souvent rappelé les origines chrétiennes de la France, a été reçu par le Pape, lors d'un voyage très médiatisé. Ainsi, il semble remettre en cause la laïcité de l'Etat, identité à laquelle les légitimistes sont violemment hostiles, au nom de cette conception de "la France, fille aînée de l'Eglise"... Ce qui constituerait comme une réforme institutionnelle sans réforme constitutionnelle, qui satisferait évidemment la mouvance ultra-catholique. Mouvance qui n'a pas accepté la loi de 1905, ni les réformes entreprises par le concile de Vatican II. Autre élément, dans son gouvernement, figure une Ministre légitimiste incontestable, hostile à certaines avancées des moeurs, qui pourtant ont été sanctionnées par la loi par un gouvernement de droite, lors de ce septennat très réformateur que fut celui de VGE. On peut certes se gausser de la non-politique du logement menée par ce ministère, et y rechercher les signes de l'amour du prochain malgré la différence (message fondamentalement chrétien si on en croit les Evangiles) dudit prochain... Là encore, cette présence ne peut que flatter cet électorat et cette mouvance. Enfin, il a justement réduit en lambeaux la formation qui bénéficiait, jusque là des voix des légitimistes, le Front National, en s'emparant, en "braconnant" une fois encore les thèmes de cette formation, en la vidant de sa substance rhétorique, en proposant de faire de ce qui n'était alors qu'un ensemble décousu et disparate de slogans un programme d'actions, un programme de gouvernement. La création d'un ministère de l'identité nationale, et la politique énergique de reconduite aux frontières qui l'accompagne, étaient des mesure réclamées par le FN. Le terme même "identité nationale" enracine cette action dans un nationalisme fermé, caractéristique de la droite légitimiste. Cela suffit-il pour le rattacher et le réduire à un membre de cette droite ?
Lancer des petites phrases qui sont autant de signaux envoyés à un segment précis de l'électorat ne peut être qu'une stratégie et non souligner une conviction profonde. Lutter contre l'immigration clandestine n'est pas seulement remettre en cause une haute tradition française, celle du droit d'asile et de terre d'espérance, c'est aussi une politique souvent adoptée en France. Il n'est pas le premier à le faire, des gouvernements appartenant à une autre partie de l'échiquier politique s'y sont aussi attelés. Et notre histoire, comme dans les années Trente, est riche en telles mesures.
De même, Nicolas Sarkozy n'est pas sur une ligne ultracatholique. Il n'est pas hostile aux dialogues entre les religions par exemple. Il s'est toujours montré soucieux de la protection de la communauté juive française (et européenne), ce qui ne peut que heurter que certains catholiques qui, malgré la décision de l'épiscopat en 1974..., considère toujours les juifs comme un peuple déicide. Le fait que Jésus soit Juif n'est curieusement jamais mentionné dans les arguments de ces personnes, et renvoie à une lecture curieuse de l'histoire des débuts du christianisme, dont un élève moyen de Seconde pourrait, sans difficulté majeure, énoncer le caractère fallacieux. Notre Président s'écarte ainsi d'une tendance lourde de la droite légitimiste. Toutefois, dans le gouvernement et dans la majorité présidentielle existe des personnes qui rêvent de revenir sur des acquis essentiels, comme bon nombre de ces ultracatholiques. Citons notamment la contraception, le droit à l'avortement, le divorce par consentement mutuel, voire simplifié. Dernièrement, on a pu les voir s'agiter lors de la proposition, de bon sens, et fondamentalement juste, de donner aux maires le droit de prononcer la séparation d'un couple après avoir proclamé leur union.
Un autre marqueur est la considération de la Révolution française. "Impure impureté" pour les légitimistes, elle n'effraie pas notre Président, qui la cite souvent (discours lors de la campagne présidentielle en Lorraine, par exemple). Certes, on peut y voir encore un souci de braconner. Mais il y a longtemps que la Révolution est "entrée au port" comme l'a écrit François Furet et qu'elle ne divise plus. Jean-Marie Le Pen a ainsi souvent multiplié les citations révolutionnaires, est venu à Valmy, haut lieu s'il en fût de notre histoire révolutionnaire. Il cite des grandes figures révolutionnaires et appelait même à une nouvelle révolution. Le régime de la Révolution rassemble aussi désormais. Hormis pour quelques songe-creux et quelques courbe-échines devant des constructions politiques du passé et de sinistre mémoire, la République est désormais notre régime. Elle peut être césarienne, ou jacobine, ou girondine, voire socialiste (j' évoque Léon Blum évidemment ou les deux premières années du septennat mitterrandien). Elle peut être de gauche. Elle peut être de droite. Et cela pèse davantage pour notre propos que la seule volonté de multiplier les références. Il faut donc trouver encore un autre marqueur pour répondre à la question liminaire.
Plus fondamentalement pour notre objet du jour, le Président ne manifeste pas cet habitus typique (désolé du pléonasme) des légitimistes. Cette conviction que la vie passée était mieux que celle d'aujourd'hui, que le bon temps était préférable et doux à l'homme bien enraciné dans des communautés naturelles, qui prolongent et renforcent la domination des notables naturels sur le vulgum pecus. Cette exaltation d'un passé idéal et idéalisé, tel non pas qu'il a été mais tel qu'il aurait pu (dû...) être, ne correspond, ni au programme, ni à la personnalité de notre président. Ses origines sociales, sa réussite sociale même montre qu'il n'a rien d'un fataliste qui accepte le carcan de la hiérarchie imposée et du destin obligé. Volontaire il est, soucieux d'imprimer sa marque au temps. Il est tout aussi capable de s'affirmer en faveur de réformes fondamentales qui bousculent les traditions et le strict ordonnancement du passé, qui seul devrait consacrer les moeurs, la vie quotidienne et la société. C'est à ce niveau, a contrario, que le marqueur est brouillé. Revenir sur des acquis de la Libération peut aussi se lire comme une politique réactionnaire. Mais cela ne relève-t-il plutôt pas d'une politique (ultra... certes) libérale plutôt que réactionnaire ? Libéralisme est toutefois, souvent, en dépit des apparences, synonyme de réaction...
A suivre...
12:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : droite légitimiste, rené rémond, sarkozy
22.01.2009
CORRIGE DROITES ET LA REPUBLIQUE
Voilà le plan, et non Le plan.
Le champ des possibles est largement ouvert.
I- 1940-1952: DE L'ABOLITION DE LA REPUBLIQUE A SA RESTAURATION
1) La mise à mort de la République par une dictature pluraliste des droites
2) La Résistance de droite, du refus à l'ardente obligation du régime républicain
3) Les droites entre épuration et recomposition
II- 1952-1969: DES INDEPENDANTS A DE GAULLE
1) Le retour d'une droite au pouvoir républicain : l'expérience Pinay
2) La Quatrième République, régime conspué par toutes les droites ?
3) 1958-1969 : De Gaulle en République
III - 1969-2002
1) 1969-1981 : une République qui s'orléanise ?
2) 1981-1995 : Les droites confrontées à une cure d'opposition et à un changement de paradigmes
3) 1995-2002 : Le septennat chiraquien, entre dissolution du gaullisme et retour des ultras
16:43 Publié dans HISTOIRE POLITIQUE DU CONTEMPORAIN | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : droites, république, pétain, pinay
21.01.2009
PARTIELS CORRIGES ET CORRECTION
Cher(e)s ex-étudiant(e)s,
Les partiels sont corrigés. Et une pédagogie de la notation apparaît impérieuse. J'ai des deux partiels conservé, par une indulgence coupable, assurément droitière... la meilleure des deux, arrondie au point immédiatement supérieure. Idem pour les TD.
Quant au corrigé, voilà ce qu'on pouvait en écrire.
En 1940, la République est sabordée par des hommes de droite. En 2002, certes fallacieusement, une autre République est sauvée par un homme de droite. La période 1940-2002, ouverte le 11 juillet 1940, où le maréchal Pétain, par des actes additionnels, met à mort la République, est close en 2002, par l'élection de Jacques Chirac qui "sauve" la cinquième république du péril ultra, avec un score que n'eût pas dédaigné un secrétaire général du PCUS. Les droites, car le pluriel s'impose, depuis les travaux de René Rémond (dès 1954), sont un courant politique pluriel, qui contient trois tendances différentes, la droite légitimiste, la droite orléaniste et la droite bonapartiste. La République est un régime politique, qui accorde une place prééminente aux citoyens. Toutefois, il existe plusieurs lectures de la République (on peut être républicain mais modérément) et plusieurs types de République. Rien de commun entre la République des notables et celle des gaullistes, par exemple. Quelles sont donc les relations entre ce courant politique et la République entre 1940 et 2002 ?
La suite demain...
20:06 Publié dans HISTOIRE POLITIQUE DU CONTEMPORAIN | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
18.01.2009
Explication en géopolitique ou le syndrome de Massada
Comment comprendre ce qui se déroule actuellement en Palestine ?
Trêve ou pas ? Vraie paix ou répit fallacieux ? Ruse pour gagner du temps ou aggiornamento du Hamas ?
La question est ailleurs.
L'opération actuelle peut être pour l'Etat hébreu un changement majeur de sa politique. C'est la possibilité de ce que j'appelle la fin du syndrome de Massada. La fin d'une obsession obsidionale. La sécurité se gagne sur les marges désormais d'Eretz Israël. Ce n'est pas comme dans le passé une réaction pour se dégager d'un étau, une réponse aux offensives, mais un geste fort, qui peut être lu à la faveur de la geste juive.
Frapper le Hamas où il se trouve, et, en même temps, poser clairement les termes de la paix future. Il est désormais accepté par tous en Israël qu'il y aura deux Etats distincts. Sauf par une minorité, celle de l'ultra-droite israélienne. Combien pèse-t-elle dans la population ? Combien pèse -t-elle en dehors de la sur-représentation médiatique qui la montre ad nauseam ? La question qui achoppe est le statut de Jérusalem.
Certes, on peut croire en une internationalisation de la ville trois fois sainte, mais c'est une galéjade. Jérusalem est une ville trop de fois partagée. Elle est la capitale de l'Etat hébreu, elle fut la ville du Temple, elle est la ville de l'apogée des temps de David et de Salomon. Les colonies sont a contrario un pion sur le vaste échiquier. Ni plus ni moins, aisément sacrifiable, et, en outre, plus viable sur un plan militaire. Mais Jérusalem est un symbole. Et cela est nettement différent. Et personne ne sait aujourd'hui comment régler la question de Jérusalem.
Israël n'éprouve plus le syndrome de Massada, plus ce syndrome d'être une population assiégée, qui attend le coup de l'ennemi. Elle retrouve le réflexe des grandes chevauchées de Dayan, des chars qui filent à travers les plaines, bousculant les ennemis, faisant reculer les frontières. Tsahal renoue avec le temps des offensives-éclairs. Cela, elle le paie au prix fort, au prix d'une réprobation internationale, et du bilan des victimes palestiniennes déjà fort nombreuses, et trop nombreuses. Sans oublier ses jeunes soldats, rappelés ou non. Toutes ces jeunes vies gâchées des deux côtés appellent elles-seules à une paix des possibles.
Que veut le Hamas ? Détruire Israël ? Comment peuvent-ils y croire encore après le succès militaire du Mur qui a vu les attentats sur l'espace hébreu disparaître ? Il lui reste les tirs de roquettes contre les habitations frontalières, les attentats téléguidés dans le reste du monde contre les intérêts juifs et israéliens. "Intérêts", métaphore pour désigner les victimes innocentes, qui vivent de ces activités plurielles. Mais... Il existe des membres du Hamas (et des autres formations palestiniennes) qui veulent sortir aussi du syndrome de Massada, pour devenir un vrai mouvement politique, qui gère efficacement les territoires, qui offre à sa population des perspectives, un avenir fiable, concret, définissable. Il existe des laïques en Palestine, qui ne veulent pas de la Sunna comme Loi...
C'est la guerre. Mais les conditions réelles d'une paix sont peut-être paradoxalement réunies. Paix et Guerre, Janus de la géopolitique, si étroitement liées qu'il est souvent délicat de démêler leur écheveau. Pour rendre hommage aux morts de trop des deux côtés, il faut saisir ces conditions et oublier Massada...
20:30 Publié dans HISTOIRE POLITIQUE DU CONTEMPORAIN | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
17.01.2009
Etudiantes, étudiants...
A mon groupe regretté d'HPC2...
Un petit message pour vous informer de la progression de la correction des copies. Si Anthony B. passe dans les parages ou un e ses proches, félicitez le pour moi de son excellente (et vous savez que j'use de ce terme avec parcimonie) copie. Qu'il aborde le reste des partiels avec le sourire...
J'ai pris (un grand) plaisir à être votre enseignant, et de mon temps, on le disait sans peur ni flagornerie...
Alors, puisque nous avons travaillé sur un mouvement politique attaché aux traditions, je vous l'écris. Haut et fort, évidemment...
Le corrigé sera mis en ligne la semaine prochaine...
Au plaisir de vous retrouver au détour d'un amphi violet, d'une machine à café aux produits infâmes, ou sur les fauteuils des Homozygotes, association que je supporte, par attachement (encore) au droit à être différent.
Bon courage pour la suite...
20:09 Publié dans AUX ETUDIANTS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
05.01.2009
Nouvelles
Chères étudiantes, chers étudiants,
Ce sera mon maître, collègue et ami qui vous surveillera ce mercredi de 16h00 à 18h00 en BM1-8.
Je viendrai prendre le pouls et votre ressenti devant mon très beau sujet, qui sera offert à votre sagacité impatiente.
Bon courage.
21:06 Publié dans AUX ETUDIANTS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
02.01.2009
Albanie, confrontation harmonieuse des religions
12:26 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
