24.01.2009

Péroraison en HPC - Pour une histoire des droites...

Chères étudiantes, chers étudiants de l'ex-HPC-L2,

Il m'a hélas manqué le temps d'aborder le dernier chapitre de notre cours, à savoir, la période 2006-2007. A la lumière de notre problématique, la question n'est ici pas de savoir si on doit approuver ou réprouver la politique menée depuis l'élection présidentielle. Cela appartient à nos consciences propres. Notre interrogation est tout autre. A quelle famille de nos droites appartient notre Président ?

La question est délicate. Lui-même, par inclinaison personnelle, n'aimerait pas être classé dans une catégorie précise, définie et donc bornée. Nicolas Sarkozy a souvent proclamé qu'il se riait des étiquettes et des traditions, pour mieux s'en affranchir. Ainsi, il n'a pas hésité à citer Léon Blum ou Jean Jaurès, réalisant ce que Jean-Pierre Azéma a joliment baptisé "un braconnage historique". Brouiller les références est déjà un objectif per se, mais en citant des hommes indiscutablement classés à gauche, il proclame aussi qu'ils appartiennent à la mémoire commune aux Français. D'un autre côté, nos partis de gauche sont un peu oublieux actuellement des grandes références, des pères fondateurs, de ceux dont ils devraient relire les actions, ou lire les pensées pour s'en imprégner et proposer une alternance digne de ce nom, plutôt qu'un succédané de la politique inverse. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois. 

Bref, le Président s'affirme par goût, par envie, par besoin et par stratégie comme un homme inclassable. Pourtant, il est de droite, membre d'un parti de droite, ayant participé à de nombreux gouvernement de droite, et ayant exercé des fonctions édilitaires sous une étiquette de droite. Alors, à  quelle droite appartient notre Président ?

Procédons comme René Rémond et balayons les droites...

Commençons par la première du nom, la droite légitimiste.

Cette droite est réactionnaire, contre-révolutionnaire et ultracatholique. Peut-on rattacher le président à cette famille ?

Des faits pourraient, en effet, confirmer cette appartenance. Il a souvent rappelé les origines chrétiennes de la France, a été reçu par le Pape, lors d'un voyage très médiatisé.  Ainsi, il semble remettre en cause la laïcité de l'Etat, identité à laquelle les légitimistes sont violemment hostiles, au nom de cette conception de "la France, fille aînée de l'Eglise"... Ce qui constituerait comme une réforme institutionnelle sans réforme constitutionnelle, qui satisferait évidemment la mouvance ultra-catholique. Mouvance qui n'a pas accepté la loi de 1905, ni les réformes entreprises par le concile de Vatican II. Autre élément, dans son gouvernement, figure une Ministre légitimiste incontestable, hostile à certaines avancées des moeurs, qui pourtant ont été sanctionnées par la loi par un gouvernement de droite, lors de ce septennat très réformateur que fut celui de VGE. On peut certes se gausser de la non-politique du logement menée par ce ministère, et y rechercher les signes de l'amour du prochain malgré la différence (message fondamentalement chrétien si on en croit les Evangiles) dudit prochain... Là encore, cette présence ne peut que flatter cet électorat et cette mouvance. Enfin,  il a justement réduit en lambeaux la formation qui bénéficiait, jusque là des voix des légitimistes, le Front National, en s'emparant, en "braconnant" une fois encore les thèmes de cette formation, en la vidant de sa substance rhétorique, en proposant de faire de ce qui n'était alors qu'un ensemble décousu et disparate de slogans un programme d'actions, un programme de gouvernement. La création d'un ministère de l'identité nationale, et la politique énergique de reconduite aux frontières qui l'accompagne, étaient des mesure réclamées par le FN. Le terme même "identité nationale" enracine cette action dans un nationalisme fermé, caractéristique de la droite légitimiste. Cela suffit-il pour le rattacher et le réduire à un membre de cette droite ?

 

Lancer des petites phrases qui sont autant de signaux envoyés à un segment précis de l'électorat ne peut être qu'une stratégie et non souligner une conviction profonde. Lutter contre l'immigration clandestine n'est pas seulement remettre en cause une haute tradition française, celle du droit d'asile et de terre d'espérance, c'est aussi une politique souvent adoptée en France. Il n'est pas le premier à le faire, des gouvernements appartenant à une autre partie de l'échiquier politique s'y sont aussi attelés. Et notre histoire, comme dans les années Trente, est riche en telles mesures. 

De même, Nicolas Sarkozy n'est pas sur une ligne ultracatholique. Il n'est pas hostile aux dialogues entre les religions par exemple. Il s'est toujours montré soucieux de la protection de la communauté juive française (et européenne), ce qui ne peut que heurter que certains catholiques qui, malgré la décision de l'épiscopat en 1974..., considère toujours les juifs comme un peuple déicide. Le fait que Jésus soit Juif n'est curieusement jamais mentionné dans les arguments de ces personnes, et renvoie à une lecture curieuse de l'histoire des débuts du christianisme, dont un élève moyen de Seconde pourrait, sans difficulté majeure, énoncer le caractère fallacieux. Notre Président s'écarte ainsi d'une tendance lourde de la droite légitimiste. Toutefois, dans le gouvernement et dans la majorité présidentielle existe des personnes qui rêvent de revenir sur des acquis essentiels, comme bon nombre de ces ultracatholiques. Citons notamment la contraception, le droit à l'avortement, le divorce par consentement mutuel, voire simplifié. Dernièrement, on a pu les voir s'agiter lors de la proposition, de bon sens, et fondamentalement juste, de donner aux maires le droit de prononcer la séparation d'un couple après avoir proclamé leur union.

Un autre marqueur est la considération de la Révolution française. "Impure impureté" pour les légitimistes, elle n'effraie pas notre Président, qui la cite souvent (discours lors de la campagne présidentielle en Lorraine, par exemple). Certes, on peut y voir encore un souci de braconner. Mais il y a longtemps que la Révolution est "entrée au port" comme l'a écrit François Furet et qu'elle ne divise plus. Jean-Marie Le Pen a ainsi souvent multiplié les citations révolutionnaires, est venu à Valmy, haut lieu s'il en fût de notre histoire révolutionnaire. Il cite des grandes figures révolutionnaires et appelait même à une nouvelle révolution. Le régime de la Révolution rassemble aussi désormais. Hormis pour quelques songe-creux et  quelques courbe-échines devant des constructions politiques du passé et de sinistre mémoire, la République est désormais notre régime. Elle peut être césarienne, ou jacobine, ou girondine, voire socialiste (j' évoque Léon Blum évidemment ou les deux premières années du septennat mitterrandien). Elle peut être de gauche. Elle peut être de droite. Et cela pèse davantage pour notre propos que la seule volonté de multiplier les références. Il faut donc trouver encore un autre marqueur pour répondre à la question liminaire.

Plus fondamentalement pour notre objet du jour, le Président ne manifeste pas cet habitus typique (désolé du pléonasme) des légitimistes. Cette conviction que la vie passée était mieux que celle d'aujourd'hui, que le bon temps était préférable et doux à l'homme bien enraciné dans des communautés naturelles, qui prolongent et renforcent la domination des notables naturels sur le vulgum pecus. Cette exaltation d'un passé idéal et idéalisé, tel non pas qu'il a été mais tel qu'il aurait pu (dû...) être, ne correspond, ni au programme, ni à la personnalité de notre président. Ses origines sociales, sa réussite sociale même montre qu'il n'a rien d'un fataliste qui accepte le carcan de la hiérarchie imposée et du destin obligé. Volontaire il est, soucieux d'imprimer sa marque au temps. Il est tout aussi capable de s'affirmer en faveur de réformes fondamentales qui bousculent les traditions et le strict ordonnancement du passé, qui seul devrait consacrer les moeurs, la vie quotidienne et la société. C'est à ce niveau, a contrario, que le marqueur est brouillé. Revenir sur des acquis de la Libération peut aussi se lire comme une politique réactionnaire. Mais cela ne relève-t-il plutôt pas d'une politique (ultra... certes) libérale plutôt que réactionnaire ? Libéralisme est toutefois, souvent, en dépit des apparences, synonyme de réaction... 


A suivre...

 

 

 

 

 

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