18.01.2009

Explication en géopolitique ou le syndrome de Massada

Comment comprendre ce qui se déroule actuellement en Palestine ?

Trêve ou pas ? Vraie paix ou répit fallacieux ? Ruse pour gagner du temps ou aggiornamento du Hamas ?

La question est ailleurs.

L'opération actuelle peut être pour l'Etat hébreu un changement majeur de sa politique. C'est la possibilité de ce que j'appelle  la fin du syndrome de Massada. La fin d'une obsession obsidionale. La sécurité se gagne sur les marges désormais d'Eretz Israël. Ce n'est pas comme dans le passé une réaction pour se dégager d'un étau, une réponse aux offensives, mais un geste fort, qui peut être lu à la faveur de la geste juive.

Frapper le Hamas où il se trouve, et, en même temps, poser clairement les termes de la paix future. Il est désormais accepté par tous en Israël qu'il y aura deux Etats distincts. Sauf par une minorité, celle de l'ultra-droite israélienne. Combien pèse-t-elle dans la population ? Combien pèse -t-elle en dehors de la sur-représentation médiatique qui la montre ad nauseam ? La question qui achoppe est le statut de Jérusalem.

Certes, on peut croire en une internationalisation de la ville trois fois sainte, mais c'est une galéjade. Jérusalem est une ville trop de fois partagée. Elle est la capitale de l'Etat hébreu, elle fut la ville du Temple, elle est la ville de l'apogée des temps de David et de Salomon. Les colonies sont a contrario un pion sur le vaste échiquier. Ni plus ni moins, aisément sacrifiable, et, en outre, plus viable sur un plan militaire. Mais Jérusalem est un symbole. Et cela est nettement différent. Et personne ne sait aujourd'hui comment régler la question de Jérusalem.

Israël n'éprouve plus le syndrome de Massada, plus ce syndrome d'être une population assiégée, qui attend le coup de l'ennemi. Elle retrouve le réflexe des grandes chevauchées de Dayan, des chars qui filent à travers les plaines, bousculant les ennemis, faisant reculer les frontières. Tsahal renoue avec le temps des offensives-éclairs. Cela, elle le paie au prix fort, au prix d'une réprobation internationale, et du bilan des victimes palestiniennes déjà fort nombreuses, et trop nombreuses. Sans oublier ses jeunes soldats, rappelés ou non. Toutes ces jeunes vies gâchées des deux côtés appellent elles-seules à une paix des possibles.

Que veut le Hamas ? Détruire Israël ? Comment peuvent-ils y croire encore après le succès militaire du Mur qui a vu les attentats sur l'espace hébreu disparaître ? Il lui reste les tirs de roquettes contre les habitations frontalières, les attentats téléguidés dans le reste du monde contre les intérêts juifs et israéliens. "Intérêts", métaphore pour désigner les victimes innocentes, qui vivent de ces activités plurielles. Mais... Il existe des membres du Hamas (et des autres formations palestiniennes) qui veulent sortir aussi du syndrome de Massada, pour devenir un vrai mouvement politique, qui gère efficacement les territoires, qui offre à sa population des perspectives, un avenir fiable, concret, définissable. Il existe des laïques en Palestine, qui ne veulent pas de la Sunna comme Loi...

C'est la guerre. Mais les conditions réelles d'une paix sont peut-être paradoxalement réunies. Paix et Guerre, Janus de la géopolitique, si étroitement liées qu'il est souvent délicat de démêler leur écheveau. Pour rendre hommage aux morts de trop des deux côtés, il faut saisir ces conditions et oublier Massada...


Commentaires

Merci pour cet article,c'est une question assez fréquente dans nos débats entre étudiants ayant soif de connaissance,bon courage pour la correction de nos partiels et bonne année

Ecrit par : Bernard C | 19.01.2009

Bonsoir Bernard... Très bonne année, en ce qui concerne l'HPC, c'est déjà le cas, je pense... :-)

Oui, c'est une question essentielle dans notre monde contemporain, et les médias audiovisuels caricaturent beaucoup les belligérants. C'est là qu'il faut savoir dégager de l'événement ce qui appartient au temps longs et d'ouvrir des perspectives.

Au plaisir de te retrouver comme étudiant...

Ecrit par : Leprof | 19.01.2009

Je lis
J'apprends
....

Ecrit par : La lectrice | 21.01.2009

@ la lectrice : apprendre, c'est vouloir (mieux) comprendre.

Et je connais votre zèle pour apprendre...

Ecrit par : LeProf | 21.01.2009

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